Ergothérapie et pédiatrie : le déficit de l’attention, quelles adaptations proposer en classe ? 

L’attention qu’est-ce-que c’est ?

L’attention est l’ensemble des processus permettant de mettre en place des capacités cognitives pour répondre à un stimuli donné. C’est le pré-requis a tout traitement cognitif.

En 1994, Van Zomeren et Brouwer définissait le processus attentionnel en 5 catégories différentes répartis en fonction de l’intensité et de la sélectivité :

 

Au niveau de l’intensité, ils définissent :

L’alerte : capacité à mobiliser rapidement son attention en réponse à un signal d’alerte.

La vigilance : capacité à maintenir son attention pendant une longue durée sans stimulation pour répondre rapidement et de façon adéquate lorsqu’un stimuli apparait.

L’attention soutenue : capacité à se concentrer, maintenir son attention dans le temps sur une tâche.

 

Et pour la sélectivité, ils définissent :

L’attention sélective : capacité à diriger son attention sur une tâche ou un élément au détriment des autres éléments.

L’attention divisée : capacité à gérer plusieurs sources d’information en même temps.

Les enfants qui présentent un trouble de l’attention sont des enfants qui vont avoir un ou plusieurs de ses mécanismes touchés. Ces enfants ne “manque pas d’attention” mais vont avoir du mal à maintenir leur attention au bon endroit.

En pratique, ces enfants sont souvent décrit comme :

  • lunatique,
  • perdu dans ses pensées,
  • facilement distrait par des bruits autour de lui,
  • ayant des difficultés à s’organiser,
  • perdant ses affaires,
  • oubliant son matériel scolaire,
  • faisant des erreurs d’impulsivité dans ses travaux,
  • étourdi,
  • ne menant pas les tâches jusqu’au bout,
  • évitant les tâches qui lui demandent un effort soutenu,
  • décrochant pendant les cours,
  • etc.

Quels adaptations mettre en place en classe ?

Lorsqu’un trouble d’attention est dépisté, plusieurs adaptations sont possibles pour tenter d’améliorer la situation en classe. Nous proposons ici une liste d’idées simples pouvant être mise facilement en place. Cette liste est non exhaustive et ne remplace pas une observation spécifique de l’ergothérapeute qui seul peut être capable de juger les aides les mieux adaptés à chaque enfant.

Attention, certaines de ces aides nécessite un temps d’apprentissage dans leur mise en place pour que l’enfant puisse les utiliser en toute autonomie.

Nous avons répartis ces aides en 3 catégories :

  1. le séquençage de l’information
  2. l’adaptation de l’environnement
  3. des sollicitations régulières et discrètes de l’enseignant

1) Le séquençage des informations

  • Donner la permission à l’élève de comparer son travail avec son voisin.
  • Fractionner les tâches longues en plusieurs petites tâches précises.
  • Les directives doivent être courtes et claires.
  • Mettre une petite étoile après quelques numéros fait afin qu’il puisse s’assurer qu’il a mené chaque activité jusqu’au bout et lui demander de venir montrer son travail à chaque étoile.
  • Cacher avec une feuille les autres numéros/exercices sur la page ou le cahier d’exercice.
  • Aérer les supports en supprimant les décorations et éléments inutiles des feuilles.
  • Souligner ce qui est important en couleur.
  • Ne noter que les éléments importants au tableau.
  • Espacer les numéros sur les copies.
  • Préférer les petits examens fréquents aux longs examens.
  • Donner peu de travaux à la fois et un échéancier clair.
Epuration du document par le retrait des éléments inutiles, sur-lignage d’une ligne sur 2 pour une meilleure lisibilité, changement de police et augmentation de l’interligne pour le confort visuel

 

2) Un environnement favorable

Par une installation en classe adaptée :

  • Asseoir le jeune dans la première rangée.
  • Lui donner davantage de temps pour la réalisation de ses tâches.
  • Veiller à une position favorisant l’écoute en classe : pied au sol, assis sur une chaise, mise en place d’un coussin de positionnement ou autre si la position assise est difficile a maintenir, etc.
  • Permettre des pauses régulières
  • un enfant avec un déficit de l’attention se fatigue plus vite. Il faut donc mieux mettre les temps d’enseignement contraignant et les évaluations le matin plutôt qu’en fin de journée
  • Varier très régulièrement les activités

Par une diminution des effets disctracteurs :

  • Favoriser le silence avant le début de la leçon et lors des examens.
  • Mettre uniquement les informations nécessaires au tableau.
  • Permettre au jeune de passer ses examens dans une pièce tranquille.

Par le choix de son matériel :

Supprimer les outils non nécessaire à l’activité
  • Veiller à ce que le jeune n’ait que le matériel nécessaire devant lui (ranger la trousse et ne laisser que le ou les stylos utiles pour la réalisation de l’exercice).
  • Garder le surplus de fourniture pour le lui donner en cas de besoin.
  • Agrandir le format des polycopiés et retirer les décorations.
  • Fournir des directives écrites au jeune consultables à tout moment.

3) Des sollicitations régulières et discrètes

  • Asseoir près de lui un pair qui peut lui venir en aide et servir de modèle de bonne écoute.
  • Se rapprocher de lui pour lui donner des explications spécifique après s’être assuré qu’il ait bien sorti le matériel nécessaire avant de commencer.
  • S’assurer que l’élève écoute les explications, comprend les directives, commence bien son travail et demeure à sa tâche (s’il semble perdu dans ses pensées, lui demander discrètement de se remettre au travail).
  • Lorsqu’on lui adresse la parole, attendre d’avoir son attention avant de commencer à parler.
  • Dire son nom ou lui toucher l’épaule pour attirer son attention.
  • Donner un temps de réflexion après avoir posé une question.
  • Choisir l’élève lorsqu’il lève la main. S’il ne la lève pas souvent parce qu’il ne sait pas les réponses, faire une entente secrète avec lui : s’il ne sait pas la réponse, qu’il lève la main le poing fermé et qu’il l’ouvre complètement s’il la sait. Cela permet de vérifier que même s’il ne connait pas la réponse à la question posée, son attention est bien sur la question.
  • Faire écrire les devoirs au fur et à mesure dans l’agenda et vérifier que ce soit fait le soir avant le départ à la maison.
Permettre le travail avec ses pairs, comme modèle et aide.

 

Et vous, quelles adaptations proposez-vous en classe face à un trouble de l’attention ?

 

L’auteur :

Je m’appelle Marie, j’ai 30 ans et je suis diplômée depuis 2009 de l’institut d’ergothérapie de Rennes. J’ai travaillé 4 ans dans un centre d’éducation motrice rattaché à un lycée d’enseignement adapté à Garches (92) puis 1 an en temps que collaboratrice libérale dans le 15eme et 7eme arrondissement de Paris.

En 2014, je me suis envolée pour Tokyo au Japon pour suivre mon mari.

Edit du 7 juin 2017 :

Sources :

  • DU Réhabilitation neuropsychologique UPMC
  • Les troubles des apprentissages. Guide pour les enseignants de Emmanuelle Pelletier et Caroline Léger : www.bdaa.ca/biblio/apprenti/aqeta/taguide/taguide.pdf
  • Site web Tous à l’école : www. tousalecole.com
  • Travail collectif ergothérapeutes et orthophonistes du CEM de Garches (Béatrice Détrie, Stéphanie Delon, Clémence Kouadio, Julia Vivares, Stéphanie Ascione, Véronique Cauver, Elodie Morin, Pélagie Point-Blondeau, Marie Vallantin Dulac) à destination des enseignants de l’EREA Jean Monnet.
  • Poésie décorée du site web Bout de Gomme : http://boutdegomme.fr/poesie-sur-la-rentree-cm1-et-cm2

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