Aide à la communication adaptée et augmentée : le langage Makaton

Makaton, comment on signe ?

Le langage Makaton a été inventé dans les années 1970 par 3 orthophonistes : Margaret Walker, Kathy Johnston et Tony Cornforth. Le Makaton a été créé en se basant sur des recherches qui ont mis en évidence que les personnes atteintes de troubles d’apprentissage sévères, d’une Infirmité Motrice Cérébrale (IMC) ou des Troubles Envahissants du Développement (TED), traitent plus facilement l’information lorsqu’elle leur parvient via le canal visuel plutôt que via le canal auditif.

Le but du Makaton est donc de fournir une communication multimodale, c’est-à-dire une communication se basant sur plusieurs voies sensorielles : les canaux visuel, auditif et kinesthésique. C’est pourquoi il associe le langage oral, les signes issus de la LSF (Langue des Signes Française) et des pictogrammes.

Le langage oral :

Le langage oral reste la base du Makaton. Il doit être adapté et simplifié pour faciliter sa compréhension.
De même, il va être important lors de l’utilisation du Makaton de ralentir son flux verbale pour laisser le temps à la personne de percevoir l’ensemble des informations importantes que l’on veut lui transmettre.

Le vocabulaire Makaton est composé de 450 mots choisis, structuré en 8 niveaux progressifs et en 1 niveau complémentaire afin de permettre, dans les premiers niveaux de répondre aux besoins immédiat de la personne et tout en permettant, dans les niveaux supérieurs de lui permettre d’exprimer son intérêt et ses loisirs. Les niveaux vont du plus concret au plus abstrait.

Un vocabulaire annexe de plus de 700 mots et répertorié par thèmes vient compléter ces 8 niveaux.

langage oral renforcé par les mimiques du visage et des mouvements corporels.
langage oral renforcé par les mimiques du visage et des mouvements corporels.

Les signes Makaton :

Ils sont basés sur la LSF (Langue des Signes Françaises). Cependant, on note des différences pour certains signes. Cela est du au fait que parfois en LSF, certains signes peuvent avoir différentes significations en fonction du contexte. Par exemple « Merci » et « Bonjour » se signe de la même manière en LSF alors que Makaton a fait le choix de les distinguer. De plus certains autres signes ont été simplifié pour une meilleure lecture du Makaton. Il faut aussi également savoir que le Makaton utilise moins de signe que la LSF et donc certains signent peuvent venir d’un synonyme plus que du mot lui même.

L’emploi de ces signes va être renforcé par des mimiques du visage et des mouvements corporels.

Ainsi, suivant le niveau de la personne avec qui on signe, on peut utiliser le Makaton en ne signant/ montrant via pictogrammes que le ou les mots importants de la phrase, ou, pour les personnes ayant un très bon niveau, en signant tous les mots. Il s’agit des mots clés permettant de comprendre le sens de la phrase. Par exemple dans la phrase “Je veux manger une pomme” on peut signer seulement les mots “manger” et “pomme”.

 

Les pictogrammes Makaton :

Les pictogrammes Makaton ont été conçus pour être le plus iconique possible, être facile à dessiner et représenter chaque unité du langage
Ils se veulent donc simples et concrets.

Leur élaboration est régie par deux approches :

  • le respect des règles logiques et l’iconographie du concept : les pictogramme venant en support du langage oral et/ou écrit doivent respecter la structuration de la phrase afin de permettre à la personne un meilleur accès aux différentes unités langagières (pronom, verbe, sujet, complément, etc.) ainsi qu’au concept auquel il renvoie et à sa généralisation de celui-ci via une représentation visuelle.
  • leur personnalisation : les pictogrammes du Makaton se veulent personnalisable pour répondre au mieux au besoin de la personne. Ainsi par exemple, pour représenter les membres de la famille, on peut ajouter leur photo pour rendre le pictogramme plus significatif pour la personne. Il peut en être de même pour les concepts plus abstrait comme le “Je” auquel on pourra ajouter la tête de la personne.
    Il est important de souligné que la modification de pictogrammes nécessite cependant d’avoir une parfaite connaissance du Makaton, afin que le pictogramme modifié conserve ses caractéristiques importantes et afin d’éviter d’aboutir à un pictogramme déjà existant ayant une autre signification.

Pour qui :

Le langage Makaton a d’abord été créé pour des adultes. Il a ensuite été développé à partir de recherches basées sur les troubles des apprentissages, les Infirmes Moteurs Cérébraux et les Troubles Envahissants du développement. Néanmoins ce type de langage est adapté pour toute personne souffrant d’un trouble ou d’une limitation de communication orale.
Le Makaton peut aussi servir de support rééducation par faciliter l’apprentissage du langage oral et du langage écrit (structuration de la phrase, emploi des déterminants, etc.).

Les bonnes pratiques de l’utilisation du Makaton

Apprendre les signes et les pictogrammes en même temps

Afin de faciliter l’apprentissage du langage mais aussi la compréhension des concepts derrière les signes, il faut toujours associé dans l’apprentissage le signe avec le pictogramme correspondant.

Pour cela, on peut par exemple proposé un memory où les paires sont composées du signe et du pictogramme.

Créer des occasions spécifiques

Cela peut aller par la mise en place de routine au sein de la journée. Repérez des moments clés où cela pourra être plus facile à mettre en place au début.

Par exemple, au moment du repas, en cuisinant, lors des activités d’habillage, au moment du coucher pour le choix de l’histoire, etc.

Favoriser l’apprentissage ludique

Walker, citée par Burlot (2011), préconise d’utiliser les signes et les pictogrammes avec des objets, des jouets, des images, des photos, des albums, etc. Décliner les pictogrammes en diverses activités ludiques est primordial afin d’intéresser, motiver l’enfant et lui donner envie de « s’amuser avec ».

Ainsi on peut lui proposer des histoires ou des comptines en pictogrammes et signées.
Une autre idée serait de faire un loto des pictogrammes pour les apprendre de façon ludique : on pioche une carte, on la signe sans que l’autre ne la voit et il doit nous dire s’il l’a sur la carte devant lui. Cette activité peut être utilisé en famille et permet un apprentissage par tous les membres.

Créer un rituel de communication

Une répétition importante des signes et des pictogrammes va aider leur apprentissage. L’important est de créé des situations de communication quotidiennement pour favoriser l’apprentissage du Makaton et que son utilisation devienne une habitude.

Par exemple, on peut proposer tout les soirs à l’enfant un planning détaillé de sa journée du lendemain grâce au Makaton. Cela permet aussi le soir suivant de reprendre les choses faites dans la journée et de verbaliser son ses impressions (aimer/pas aimer, facile/difficile, etc.). Pour faciliter la compréhension du planning et des pictogrammes au début, ils pourront être associé avec la photo de la personne avec qui l’enfant va faire l’activité.

Mettre des pictogrammes à des endroits stratégiques

La présence des pictogrammes sur les meubles, objets, lieux importants dans la maison peut aider à son apprentissage.

Par exemple, coller le pictogramme toilettes sur la porte des toilettes peut faciliter le cause à effet et l’aider à exprimer son besoin d’aller aux toilettes.

Adapter le langage oral

Afin de laisser le temps à la personne d’assimiler le concept et l’information que l’on veut faire passer, il va être important de simplifier le langage oral et de ralentir le débit verbale. Utilisez des phrases simples et informatives avec un vocabulaire signifiant pour la personne.

Ainsi par exemple il peut être plus simple de dire “le chat a mangé une souris grise” plutôt que de dire “la souris qui a été mangé par le chat était grise.”

S’assurer que la personne est dans une démarche de communication

Le moyen le plus simple et de vérifier que la personne nous regarde bien, qu’elle est attentive et prête pour communiquer.
Son installation doit lui permettre de voir notre visage, nos mains et les pictogrammes que nous voulons lui montrer.

Varier les supports de présentation

Comme nous l’avons vu dans les exemples ci-dessus, les pictogrammes et les signes peuvent être utilisés sous différents supports. Cela permet de répondre aux besoins spécifiques des différentes personnes avec qui ce langage peut être utilisé :

  • cahier ou classeur de communication,
  • planning ou emploi du temps
  • jeux types jeux de cartes, memory, loto, domino, etc.
  • comptines
  • histoires en pictogrammes,
  • cartes à coller à des endroits spécifiques
  • de façon informatisé avec des logiciels adaptés type Grid, Mindexpress, etc.
  • etc.
exemple d'une page de cahier de communication utilisant le makaton
exemple d’une page de cahier de communication utilisant le Makaton

Formation

L’association AAD-Makaton est la seule association habilitée en France a former au langage Makaton.
Elle propose des formations sur 2 jours pour une mise en place des premiers niveaux de Makaton et leur mise en place au quotidien ainsi que des formations plus poussée sur 6 jours (2 fois 3 jours) qui permettent d’accéder à l’ensemble des signes et des pictogrammes. Cette formation permet également de donner des pistes pour la mise en place du Makaton dans les institutions ou en libéral et d’arriver à interpréter une personne signant.
Plus d’information : http://www.makaton.fr/article/la-formation-makaton.html

Les points forts du Makaton

  • aspect multimodale, le Makaton se basant sur 3 “modalités différentes” il est une bonne voie de communication pour beaucoup de personne.
  • langage fonctionnel, simple à apprendre et progressif pour être utiliser à différents niveaux de difficultés
  • rapide à mettre en place, il peut être utilisé n’importe ou et n’importe quand. Il ne nécessite pas de matériel spécifique au quotidien (juste la connaissance des signes et la parole).
  • peut s’appuyer sur une expression gestuelle spontanée qui existe déjà chez certaines personnes en difficulté de langage
  • comme ils sont utilisés en même temps que le langage verbal, les gestes peuvent faciliter son acquisition (le geste fonctionne comme intermédiaire pour faciliter le lien entre le sens et le mot).
  • permet une visualisation de certains concepts qui peuvent être flou pour la personne et leur généralisation.
  • langage personnalisable selon les habitudes de la personne.
  • nécessite une seule formation de 2 fois 3 jours pour avoir accès à l’ensemble du langage.

Les points faibles du Makaton

  • les pictogrammes et signes pas toujours parlant pour des non-initiés. La formation est donc très importante aussi bien pour les professionnels que pour les membres de la famille.
  • limitation de la communication aux seules personnes formées. Besoin de mettre en place un carnet ou des fiches spécifiques combinant les signes et les pictogrammes pour les personnes non formés et en contact ponctuel avec la personne.
  • formation cher et nombre de place très limitée. Elle dure plusieurs jours (2 sessions de 3 jours) ce qui peut être un facteur limitant.
  • demande un temps de préparation très important dans sa mise en place (impression, découpage et plastification des pictogrammes, etc.). Chaque activité doit être anticipé. Supprime la spontanéité dans les premiers temps de son utilisation.

Sources

L’auteur :

Je m’appelle Marie, j’ai 31 ans et je suis diplômée depuis 2009 de l’institut d’ergothérapie de Rennes. J’ai travaillé 4 ans dans un centre d’éducation motrice rattaché à un lycée d’enseignement adapté à Garches (92) puis 1 an en temps que collaboratrice libérale dans le 15eme et 7eme arrondissement de Paris et 3 ans en libéral au Japon.

Depuis mai 2017, je travaille dans un IMP accueillant des enfants et adolescents polyhandicapé à Paris.

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